«Dans la vie, il est rare que tout se déroule normalement.»

Dans le milieu du ski en Suisse, on se serre les coudes et on apprend les uns des autres. Didier Défago, qui a mis fin à sa carrière en 2015, est un conseiller précieux pour les skieurs actifs et pour les nouvelles générations. Avec ses manières joyeuses, il trouve toujours des mots encourageants quand on est dans une mauvaise passe. Il devient reporter extraordinaire pour OCHSNER SPORT.

 En 2008, Daniel Albrecht a créé la marque de vêtements de sport Albright en collaboration avec son sponsor OCHSNER SPORT. Quelques mois plus tard, il a eu un grave accident. L’ex-skieur professionnel porte un regard rétrospectif sur cette époque et esquisse ses projets d’avenir.


D: L’hiver approche à grands pas. Te réjouis-tu déjà?

A: Oui, surtout parce que je vais pouvoir skier pour la première fois avec ma fille Maria (deux ans). Et parce que je n’ai pas de rhume des foins au contact du bon air hivernal. Autrefois, les meilleurs spécialistes préparaient ton matériel.

D: Dois-tu à présent t’en occuper toi-même?

A: Je devrais, mais j’ai perdu la main. Je n’arrive jamais à atteindre un résultat aussi parfait que celui obtenu par les spécialistes dans la préparation et l’ajustement des skis.

D: Dans quelle mesure les tenues portent-elles ta signature, sachant que la toute nouvelle «Albright Collection» est sur le marché?

A: Étant donné que je ne suis plus tous les jours sur les skis et que j’ai perdu cette approche directe, je fais un pas en arrière, tout comme pour le sport de compétition. J’ai vendu la marque à OCHSNER SPORT, mon partenaire de longue date, et y suis toujours associé en tant qu’ambassadeur.

D: Il y a exactement dix ans, le 29 octobre 2008, tu as présenté la première collection au «Mascotte» à Zurich et rencontré un écho important.

A: J’ai créé à l’époque Albright avec OCHSNER SPORT pour partenaire exclusif et j’ai connu dix années de succès. Nous voulions cibler un jeune segment de clients en proposant des produits de haute qualité et très fonctionnels à des prix abordables. Nous y sommes parvenus.

D: D’où vient le nom Albright?

A: Il m’a été donné par un compagnon de chambre au lycée de ski de Stams en Autriche. Il était canadien et n’arrivait pas à prononcer mon nom. C’est pourquoi il m’a surnommé «Albright».

D: Le 22 janvier 2009 a été un jour marquant. C’était il y a dix ans jour pour jour.

A: Il s’agit de la date à laquelle s’est produite, dans la descente du Hahnenkamm, ma chute grave qui a bouleversé ma vie. On pourrait aussi dire qu’il m’a fallu ces dix années pour revenir à la vie et trouver une nouvelle orientation. Cela a été en quelque sorte une période de transition entre ma vie en tant que professionnel du ski et ma vie privée. À présent, j’ai à nouveau l’énergie qui me permet de me lancer dans de nouveaux projets.

D: À quoi ressemble le quotidien de l’ex-skieur professionnel Dani Albrecht?

A: Ma vie de famille est très importante. Je suis marié avec Kerstin depuis cinq ans. Nous avons tous deux grandi à Fiesch et nous connaissons depuis tout jeunes. Notre fille Maria est venue au monde il y a deux ans. J’aime la voir grandir. Le temps passe si vite.

D: Vous vivez dans une maison très particulière, entièrement en bois...

A: ... en bois indigène non traité, réputé être coupé à la bonne lune et tout particulièrement résistant. Ni colle ou peinture ou produits chimiques ne sont utilisés lors de la construction. Ce mode de construction spécial, sans isolation artificielle, donne des valeurs énergétiques encore supérieures à celles du standard Minergie.

D: De plus, il s’intègre parfaitement dans le paysage pittoresque de Conches.

A: On y trouve une multitude de maisons en partie plusieurs fois centenaires. Dès mon plus jeune âge, j’ai souhaité vivre dans une maison qui deviendrait de plus en plus belle avec le temps. Actuellement, je développe un projet dans ce domaine.

D: Y a-t-il dans ta maison une vitrine avec tes médailles?

A: (Rire embarrassé) Je n’ai jamais été un «collectionneur» de distinctions et coupes. Et je dois avouer (courte pause) que je n’ai rien en fait chez moi. Les médailles de valeur sont exposées dans le restaurant de mon frère.

D: Et même là, il en manque une.

A: J’ai placé la médaille d’or des Championnats du monde juniors de ski alpin sur la tombe de mon ancien collègue Werner Elmer. Werner est décédé lors d’une course de ski un an avant la Coupe du monde. Il était plus performant que moi et serait devenu champion du monde.

D: En ce qui te concerne. À Pyeonchang, Aksel Lund Svindal et Andre Myhrer, deux anciens concurrents de ton âge, se sont classés champions olympiques. Quelles ont été alors tes pensées?

A: On observe les athlètes que l’on affrontait à l’époque naturellement avec beaucoup plus d’attention. Mais le recul est devenu entre-temps si important qu’il m’est à présent facile – avec un sourire – de dire: je les aurais battus. Si tout s’était passé «normalement»...

D: T’en prends-tu parfois au destin?

A: Non. «Dans la vie, il est rare que tout se déroule normalement.» Les situations changent et l’on doit savoir s’adapter. Le recul est devenu si important depuis que je suis en mesure de dire: c’était uniquement du sport. Aujourd’hui je vais bien, je suis en bonne santé, j’ai ma vie sous contrôle, une famille, et je suis heureux. Et de tout manière, je n’aurais pu être skieur professionnel que durant encore quelques années.

FACTS

Daniel Albrecht (35 ans) a été trois fois champion du monde junior et a remporté une brochette complète de médailles, dont un titre en super-combiné, lors de la Coupe du monde de 2007 à Are.

Lors de la Coupe du monde, il a gagné quatre courses, dont trois slaloms géants. Personne au monde après Albrecht n’a réussi à monter sur le podium en descente ET slalom. Il était considéré en tant que futur total gagnant de la Coupe du monde.

En 2009, il a chuté dans le schuss final de Kitzbühel à 140 km/h et subi un grave traumatisme crânio-cérébral. Il est resté plongé dans un coma artificiel durant trois semaines. 22 mois plus tard, il a fait un retour très remarqué. Après une autre chute à Lake Louise lors de laquelle il a subi une blessure au genou, il s’est retiré en 2013.

Albrecht a une formation en tant qu’entraîneur mental et de ski. Il est chef d’entreprise, un conférencier très apprécié et travaille sur divers projets.